Le content marketing c’est aussi ça : envoyer au culot un mail de contact bien ficelé au VP de Kronenbourg, le rencontrer quelques jours plus tard au pied de l’Arc de Triomphe comme par prémonition, boire ses paroles non alcoolisées mais d’un goût relevé, imaginer aujourd’hui avec lui une société plus connectée et poétique. Pas de contenu sans histoire, pas d’histoire sans rencontre. Celle-là a déjà fait des bulles. Bonne lecture.

Tu as été moniteur de ski, patron d’un groupe de pub, actuellement VP de Kronenbourg et tu es l’auteur de plusieurs livres : Une goutte à la mer et plus récemment Les prisons mobiles. Challenge : peux-tu nous synthétiser ton parcours en quelques mots ?

A 25 ans, je suis diplômé de philosophie, d’histoire et de sciences politiques, moniteur national de ski alpin et auteur-compositeur chanteur dans un groupe de rock ; j’habite alors Strasbourg où je suis né en 1962 ; comme mon nom l’indique, je suis un Alsacien de souche ! En 1988, je démarre dans la publicité et je déménage à Lille pour rejoindre le Groupe Havas. En 1991, je crée le groupe de rock Fred Hamster & Les Scotcheurs. Fin 1992, je m’installe à Lyon pour le Groupe SEB dont je dirige la communication jusqu’en 2006 ; c’est à Lyon que je fonde ma famille (marié, 3 enfants). En 2007, j’entre chez Kronenbourg dont je deviens Vice-Président en charge de la communication, des affaires publiques et du développement durable ; j’exerce aussi une douzaine de mandats d’administrateur de structures professionnelles, culturelles ou sociales, notamment la présidence de la Fondation Kronenbourg depuis 2009. En parallèle, je poursuis mon activité d’artiste polymorphe, principalement musicien et écrivain, avec, comme tu l’as dit, deux livres à mon actif : Une goutte à la mer paru en 2011 aux Éditions du Cherche-Midi (Prix de l’Aphorisme à la Foret des Livres 2011) et Les Prisons Mobiles sorti cette année chez le même éditeur.

Tu as contribué au succès du groupe Seb puis de Kronenbourg en insistant dès le départ sur l’importance du contenu, quelle est ta recette miracle?

Les choses existent parce qu’on les nomme et elles font sens quand on les raconte. Ma recette est vieille comme le monde et elle s’appelle le récit. Il s’agit au fond d’élaborer une « vision d’entreprise » et de la partager avec ses collaborateurs d’abord, puis plus largement avec toutes les autres parties prenantes de l’organisation : fournisseurs, clients, consommateurs, presse et medias, politiques, société civile…. Dans l’idéal, cette représentation commune doit exprimer la raison d’être de l’entreprise (son pourquoi), ses missions (le quoi), ses valeurs profondes (le comment) et définir une ambition (ce qu’on veut changer, le but à atteindre). Si la vision est radicale, claire et partagée, l’organisation et les individus ajustent leur comportement sur elle. Et les résultats suivent, parce que les ressources (humaines, financières) se trouvent quasi-automatiquement allouées dans la direction et au service du but commun !

Avec « l’uberisation » de la société, les marques aiment de plus en plus fonctionner en circuit court et mettent de plus en plus à mal le modèle des agences. Quelle est ta position sur le sujet ?

Il faut vivre avec son temps. L’économie du partage et de l’usage se substitue à l’économie de la propriété individuelle. Ceux qui ne le comprennent pas vont avoir des crampes, les bras qui tombent, voire la tête… Cela dit, ce n’est pas la première révolution que connaît le monde de la communication et l’avenir des agences passe, aujourd’hui comme hier, par leur capacité à apporter de la valeur ajoutée à leurs clients. Si la communication est, comme je le crois, l’art de la relation, il s’agit toujours pour les agences d’être capables de produire pour un client de la relation au double sens du terme : des contacts, du lien (relation au sens de rapport) et des récits, du contenu (relation au sens relater, raconter).

Tu aimes les mots, peux-tu nous dire ce qu’a apporté l’écriture à ta vie ?

Écrire c’est se soumettre à la dictature des mots, de la langue, celle qui avale le temps et contracte l’espace. Écrire, c’est s’ignorer. Et, comme dit Nietzsche, « l’oubli aide à vivre » ; en ce sens, l’écriture est probablement une hygiène de vie. La troisième partie de mon dernier livre Les Prisons Mobiles traite du sujet de l’écriture ; elle s’intitule d’ailleurs « Sujet du Verbe ». Francis Ponge a écrit que la langue est une matière extraordinaire qu’il est amusant de travailler, comme un sculpteur travaille sa glaise, pour en faire jaillir des formes nouvelles. J’ai joué à ce jeu dans mon livre précédent, Une goutte à la mer, qui tente de « faire rimer à quelque chose une poésie sans qu’elle pue des pieds »… Écrire est, quoi qu’il en soi, un travail manuel, production d’une matière noire sur une surface blanche, jaillie des tréfonds de l’être… Écrire, c’est écrier !

Tu as fait un bel aphorisme lors de notre dernière rencontre en disant “Comprendre et pouvoir décrire notre environnement, c’est être poète aujourd’hui”. Pourrais-tu nous en dire plus ?

La poésie est un acte de résistance de la langue à la barbarie du prêt-à-penser et au siège de la bêtise. En ce moment, je trouve qu’il y a du boulot !

Quel est le dernier contenu que tu aies croqué ?

Croqué ? Si c’est dans le sens de manger, voire dévorer, il s’agit du livre de mon amie Christine Adamo, L’équation du Chat qui vient de sortir ; il y a aussi Tomber, roman d’Eric Genetet à paraître en 2016 chez Eloise d’Ormesson ; et puis le nouveau film de Christian Carion sur l’exode de 1940, En mai fais ce qu’il te plaît qui est sorti en salles le 4 novembre .

Mais si par croquer on entend dessiner ou chroniquer, alors je suis en train d’écrire un petit ouvrage sur Les bons mots des buveurs de bière. Depuis la nuit des temps, ce breuvage délie les langues, des plus anonymes aux plus célèbres, invitant au partage, à l’échange, au parler vrai. Alors je suis allé chercher les bons mots des buveurs de bière dans la littérature et la sagesse populaire. Et mon petit livre, à paraître en 2016 chez Fortuna, en livrera quelques perles !

Quelle est ton actualité ?

Mon dernier livre, Les Prisons Mobiles, est paru en mai au Cherche Midi. J’ai appris hier qu’il était toujours en tête des ventes… à la librairie Kleber à Strasbourg ! Je promène et présente mon livre dans tous les médias, librairies ou endroits qui m’ouvrent leurs portes. Avec mon amie, la comédienne et dramaturge Julie Brochen, nous en donnons aussi des lectures publiques ; nous serons ainsi le 9 décembre à la fondation Franco-allemande de Karlsruhe. Le 29 novembre, je serai au salon littéraire Wizo de Strasbourg. Les Prisons Mobiles est un thriller poétique en 3 actes : un prisonnier tient son journal, sur 20 ans, racontant sa réclusion, son évasion et sa rédemption ; mais c’est un prisonnier un peu spécial puisqu’il est prisonnier de lui-même, du quotidien, de ses propres cellules… Parviendra-t-il à se sauver ? Et comment ?… Vous le saurez en lisant les 250 pages des Prisons Mobiles !